Le 31 mars 1889, la Tour Eiffel a été inaugurée après deux ans et deux mois de travaux. Ce qui était alors le plus haut bâtiment du monde créé par l’homme devait être le monument phare de l’Exposition universelle de 1889, dont le thème était la Révolution française. Une tour censée symboliser les progrès de la science et de la technologie en France depuis 1789, mais dont la construction a suscité de vives polémiques, notamment de la part d’artistes et d’intellectuels qui ont publié divers pamphlets et articles contre cette « Tour de Babel ». Initialement provisoire, puis menacée de destruction, la Tour Eiffel connaît un succès immédiat dès son ouverture pour l’Exposition universelle de 1889. Un monument qui a su s’imposer malgré les controverses, est devenu aujourd’hui le plus célèbre du monde.
Les plans
L’idée d’ériger la Tour Eiffel ne naît pas dans l’esprit de Gustave Eiffel lui-même, mais dans celui de deux ingénieurs : Maurice Koechlin et Émile Nouguier. Tous deux travaillent pour la Compagnie des Établissements Eiffel et imaginent une structure métallique hors norme. Gustave Eiffel, d’abord sceptique, finit par racheter le brevet à ses collaborateurs. Il présente le projet en 1885 : la tour ne séduit pas immédiatement, mais il décroche la troisième place lors de la compétition. Finalement, il signe un accord avec l’État, donnant le feu vert à la construction.
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L’accord, signé le 8 juillet 1887, prévoit que Gustave Eiffel pourra exploiter commercialement la tour à partir du 1er janvier 1890, et ce, pour vingt ans. Passé ce délai, la ville de Paris deviendra propriétaire du monument, prenant la relève de l’État.
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Les travaux sur les fondations ont débuté le 28 janvier 1887.
Plus de 300 ouvriers se succèdent sur le chantier, chargés d’assembler chaque pièce de la structure. Leur mission : précision absolue, surtout lors du rivetage des poutres, hissées selon une méthode en trois étapes mise au point par Eiffel. Pour résumer, la Tour Eiffel est montée comme un immense jeu de construction métallique, chaque partie s’ajustant à la précédente avec une rigueur millimétrée.
Les critiques
Rapidement, l’esthétique et l’utilité de l’édifice font débat. Les journaux ne se privent pas de jouer la carte du sensationnel en mettant en doute la solidité du bâtiment. À la moindre difficulté sur le chantier, certains titres n’hésitent pas à annoncer la catastrophe avec des titres comme « Le Suicide Eiffel ». Dans le quartier du Champ de Mars, l’inquiétude grandit : la peur de voir la tour s’effondrer pousse même certains riverains à porter plainte contre l’État.
Le sommet de la contestation survient avec la publication d’une lettre ouverte le 14 février 1887 dans le journal Le Temps. Signée par des figures majeures de la littérature et des arts, Joris-Karl Huysmans, Guy de Maupassant, Alexandre Dumas Fils, Charles Garnier, elle sonne comme un réquisitoire contre le projet :
Manifestation contre la tour Eiffel 14 février 1887
« Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amoureux passionnés de beauté, jusqu’ici intacts, venus de Paris, pour protester de toutes nos forces, avec toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire de France menacés, contre l’érection, au cœur de notre capitale, de l’inutile et de l’histoire de France Monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisé le nom de “Tour de Babel”. Sans tomber dans l’exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer à haute voix que Paris est la ville sans rivaux du monde. Au-dessus de ses rues, ses boulevards élargis, au milieu de ses magnifiques promenades, s’élèvent les monuments les plus nobles que l’humanité ait donné naissance. L’âme de la France, créatrice de chefs-d’œuvre, brille parmi cette auguste floraison de pierres. L’Italie, l’Allemagne, la Flandre, si fiers de leur héritage artistique, n’ont rien de comparable au nôtre, et de tous les coins de Paris l’univers attire les curiosités et les admirations. Allons-nous laisser tout cela être profané ? La ville de Paris va-t-elle s’associer plus longtemps au baroque, à l’imaginaire mercantile d’un constructeur de machines, pour se déshonorer et se déshonorer irrémédiablement ? »
L’inauguration
En mars 1889, l’ossature de la tour est achevée. Le 31 mars, Gustave Eiffel invite les représentants du gouvernement et la presse à gravir la structure jusqu’à son sommet, marquant ainsi le dévoilement du monument. À l’ouverture de l’Exposition universelle, les ascenseurs ne sont pas encore opérationnels. Cela n’empêche pas une foule de 30 000 visiteurs chaque jour de gravir, un à un, les 1 710 marches pour découvrir la vue sur la capitale depuis la nouvelle sentinelle d’acier.

Le succès
Vingt ans plus tard, la concession de Gustave Eiffel touche à sa fin. La mairie de Paris, désormais propriétaire de la tour, envisage sa démolition. Mais le monument s’est déjà imposé comme une attraction irrésistible ; mieux encore, il devient un terrain d’expérimentation pour des avancées scientifiques inédites. L’installation d’une antenne de téléphonie sans fil dès 1903 achève de convaincre les décideurs de préserver la tour. Dès lors, son succès auprès des touristes ne cesse de croître.
Reconnaissable entre mille, la Tour Eiffel incarne Paris et la France à l’étranger. Même ses plus farouches opposants finissent par admettre le caractère novateur de l’édifice. Aujourd’hui, elle reste le monument payant le plus visité au monde : preuve éclatante qu’une idée contestée peut, parfois, redéfinir la silhouette d’une ville pour l’éternité.
