Sur les 30 000 candidats à l’adoption en France, 700 parviennent à adopter en France chaque année. Ils sont les mêmes à partir à l’étranger pour fonder leur famille. Mais pourquoi les parents qui sont allés au Vietnam ou en Haïti n’ont-ils pas adopté leur enfant en France ? N’y a-t-il pas trop d’enfants placés dans des foyers sur le territoire national pour leur donner une famille en priorité ?
La mère de naissance
La réalité est implacable : presque tous les enfants confiés à des familles d’accueil ou à des foyers en France ne peuvent pas être adoptés au regard de la loi. La raison ? La famille biologique reste présente, en particulier la mère de naissance. Tant que l’espoir subsiste qu’elle puisse reprendre son enfant, le placement reste temporaire. L’enfant grandit alors entre institution et famille d’accueil. Ce n’est qu’autour de ses 15 ans, lorsqu’il devient enfin adoptable, que son foyer d’accueil devient souvent sa famille définitive.
Adopté à l’âge de six ans
Une évolution majeure est apparue avec la loi du 16 mars 2016 sur la protection de l’enfance : elle a redéfini la notion d’« abandon parental » et accéléré la procédure pour certains enfants. Désormais, ceux qui en sont victimes peuvent être adoptés plus tôt, entre quatre et six ans. Le film d’animation « Ma vie de courgette » (Claude Barras, 2015) met en lumière le parcours de ces enfants, confrontés à ce chemin singulier.
Avortement et naissance sous X
Les futurs parents qui rêvent d’accueillir un nourrisson en France se heurtent à une réalité implacable : les naissances sous X sont extrêmement peu fréquentes. Aujourd’hui, la majorité des grossesses non désirées aboutissent à une interruption volontaire. Les rares exceptions concernent souvent des femmes étrangères sans papiers, pour qui l’avortement n’est pas envisageable culturellement, mais qui considèrent l’adoption comme une issue acceptable.
Marie Lefebvre-Billiez
Pour aller plus loin :
Voici quelques précisions sur les statuts des enfants concernés par l’adoption :
- Un enfant sans filiation, né sous X ou dont la filiation n’est pas établie, représente environ un tiers des pupilles de l’État.
- Jusqu’en 2016, lorsqu’un enfant était déclaré abandonné par la justice, la procédure prenait des années. Le juge devait constater l’absence totale de contact entre l’enfant et ses parents biologiques sur une très longue période. Depuis la loi de mars 2016, la notion d’« abandon parental » a remplacé cette procédure : un enfant sans lien maintenu avec ses parents depuis un an seulement peut être reconnu en situation de négligence parentale. Cela rend possible une adoption dès l’âge de six ans, bien avant celui de quinze ans pratiqué auparavant.
Le parcours pour adopter en France reste semé d’obstacles, mais chaque évolution législative dessine la possibilité, timide mais réelle, d’un chemin raccourci vers une nouvelle famille.
