Une statistique brute secoue souvent plus qu’un long discours. Les femmes retraitées, en France, encaissent chaque mois des pensions bien moindres que les hommes. L’écart ne se réduit que lentement, malgré des années de débats et de réformes. Le rapport Drees « Pensionnés et pensions » 2019 met tout ceci à nu, chiffres à l’appui.
1, Leur retraite reste près de 40 % plus basse que celle des hommes
En 2017, toutes caisses confondues, la pension moyenne s’établit à 1 422 € bruts mensuels. Les femmes, elles, doivent se contenter de 1 096 € bruts, soit 38,3 % de moins que les hommes (1 777 € bruts). Autant dire qu’entre 2016 et 2017, rien n’a bougé, ou presque, tant l’écart reste stable.
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Si l’on s’intéresse uniquement aux retraités vivant en France, la différence s’élargit à 41,9 %. En revanche, lorsque l’on inclut les pensions de réversion, l’écart se réduit : 24,6 % pour l’ensemble des retraités, 29 % pour ceux domiciliés en France. Les écarts bougent à peine d’une année sur l’autre.
2, Les femmes partent à la retraite 7 mois après les hommes
Année après année, la Drees mesure ce qu’elle nomme l’âge effectif de départ à la retraite, corrigé des effets de génération. En 2017, cet âge s’élève à 62 ans et 4 mois pour les femmes, 61 ans et 9 mois pour les hommes. Globalement, l’ensemble des retraités part à 62 ans et 1 mois en moyenne.
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Le fossé entre les sexes se comble peu à peu. Il atteignait 1 an et 3 mois en 2004 ; il n’est plus que de 7 mois en 2017.
3, Temps passé à la retraite : près de 28 ans et demi pour les femmes
Pour la génération née en 1951, la Drees estime que les femmes passeront en moyenne 28 ans et 5 mois à la retraite, contre 24 ans et 7 mois pour les hommes. Soit 3 ans et 10 mois de plus. La raison ? Même avec un départ plus tardif, leur espérance de vie reste supérieure. Le rapport le rappelle sans détour.
4, Les femmes, 88 % des bénéficiaires de pensions de réversion Crédit : Drees
Sur les 4,4 millions de personnes percevant au moins une pension de réversion fin 2017, 88 % sont des femmes. Même proportion qu’à la fin de l’année précédente.
Ce déséquilibre s’explique facilement : l’espérance de vie des femmes dépasse celle des hommes, et elles sont en moyenne plus jeunes que leur conjoint au moment du décès. Autre raison avancée par l’étude : du fait de pensions directes souvent plus élevées, de nombreux hommes dépassent les plafonds de ressources et n’ont pas droit à la réversion dans certains régimes, comme le régime général.
5, 70 % des salariés en retraite progressive sont des femmes
Au 31 décembre 2017, 16 690 salariés relevant du régime général ou agricole bénéficient d’une retraite progressive, cumulant emploi à temps partiel et perception d’une fraction de leur pension. Ce dispositif a progressé de près de 40 % en un an. Parmi ces bénéficiaires, 70 % sont des femmes, âgées en moyenne de 61 ans et 5 mois.
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À retenir : Ce dispositif est ouvert à partir de 60 ans, sous certaines conditions : il faut exercer une activité comprise entre 40 % et 80 % d’un temps plein (avec l’accord de l’employeur), et justifier d’au moins 150 trimestres validés tous régimes confondus.
6, Moins de 3 femmes sur 10 touchent une pension de plusieurs régimes
Fin 2017, 33,1 % des retraités reçoivent une pension de deux régimes de base ou plus : c’est ce qu’on appelle être polypensionné. Ce taux atteint 38,3 % chez les hommes, mais seulement 28,4 % chez les femmes.
L’explication donnée par l’étude : les hommes connaissent en moyenne des carrières plus longues et changent plus fréquemment de statut, ce qui les amène à cotiser à différents régimes. Ils ont aussi été plus nombreux à exercer en tant qu’indépendants, même si la plupart ont également cotisé au régime général.
7, Près de 7 bénéficiaires sur 10 du minimum vieillesse seules sont des femmes
Parmi les plus de 550 000 allocataires du minimum vieillesse recensés fin 2017, la moitié sont des femmes célibataires, veuves ou divorcées. Plus précisément, les femmes représentent 68,2 % des bénéficiaires vivant seules. Leur espérance de vie plus élevée et des pensions souvent moindres expliquent ce déséquilibre marqué.
À l’heure où la question des inégalités de pension alimente toujours le débat public, ces chiffres rappellent à quel point la retraite des femmes reste une affaire de disparités, d’arbitrages, et de choix de société. Les prochaines générations vivront-elles enfin une retraite à parité ? Le terrain, lui, reste à conquérir.
